Château d'Hardelot - Pas-de-Calais le Département - Le
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LE CAMP DU DRAP D'OR

Publié le 7 mai 2019

Nous célébrons cette année les 500 ans d’un événement majeur des relations franco-britanniques : le camp du drap d’or, la rencontre entre François Ier et Henri VIII du 7 au 24 juin 1520.

CHARLES GABARD, D’APRES AUGUSTE-HYACINTHE DEBAY - L’Entrevue du camp du drap d’or, 7 juin 1520 in Les Galeries Historiques de Versailles - XIXe siècle - Arch. dép. Pas-de-Calais, 4 J 486/95

Le contexte

En ces temps, l’organisation politique de l’Europe est incarnée par les souverains et la dimension personnelle du pouvoir monarchique prend de plus en plus d’importance. Cette réalité s’affirme particulièrement dans la première moitié du XVIe siècle avec la co-existence de trois princes de la même génération : Henri VIII, François Ier et Charles Quint. Ce trio infernal fait « l’actualité internationale » de l’époque avec leurs disputes, leurs réconciliations et leurs rencontres. D’un côté, la victoire de François Ier à Marignan en 1515 suscite des jalousies : à peine couronné, le roi entre dans la légende. D’un autre, des tensions fortes naissent entre la couronne de France et l’Empereur. Suite au décès de Maximilien en 1519, il faut élire un nouvel empereur à la tête du Saint-Empire. Malgré des sommes d’argent colossales versées par la couronne française et des promesses de certains électeurs en vue de l’élection de François Ier c’est Charles d’Espagne qui remporte l’élection à l’unanimité. Au nord, à l'est et au sud, le roi de France se trouve alors encerclé.  Enfin, en face, l’Angleterre porte de grandes ambitions : le jeune prince Henri VIII souhaite assumer les prétentions de sa lignée et reconquérir les anciennes possessions anglaises en France. Mais le pays est petit par sa taille, par sa démographie et a peu d’influence sur la scène européenne. 

 Henri VIII est un personnage emblématique de la dynastie des Tudors et l’un des plus célèbres rois d’Angleterre. On doit à cette dynastie la fameuse rose tudor, l’un des emblèmes de l’Angleterre. Au château d’Hardelot, on retrouve la rose Tudor comme élément décoratif dans le fumoir et dans la bibliothèque. Ici dans la bibliothèque, elle tient compagnie à la Salamandre, emblème de François Ier.

L’Europe se dispute donc sérieusement entre François Ier et Charles Quint et l’avantage semble appartenir à celui qui mettrait l’Angleterre de son côté. Thomas Wolsley conseiller d’Henri, souhaite donc placer la couronne anglaise au cœur de la scène diplomatique. Le conseiller du roi partage l’idée d’une paix universelle, prônée par les humanistes. Après plusieurs années de négociations diplomatiques, l’idée d’une rencontre est remise au goût du jour au début de l’année 1520 et il est enfin décidé qu’elle aurait lieu entre Guînes et Ardres.

L’événement

 

GERARD MERCATOR - Carte des comtés de Boulogne et Guînes 1607 - Arch. dép. Pas-de-Calais, 6 FiC 391

François Ier et Henri VIII se rencontrent du 7 au 24 juin 1520, dans un vallon entre Guînes et Ardres, appelé Val doré. Cette carte permet de situer la ville anglaise de Calais (Cales) et la ville de Boulogne-sur-Mer (Boulongne), ainsi que Guînes et Ardres où eut lieu la rencontre. On peut aussi trouver Hardelot. On note les petits dessins représentant les fortifications de chaque ville. Gérard Mercator (de son vrai nom Gerard de Kremer) est un brillant scientifique flamand du XVIe siècle, à l’origine de nombreuses cartes et de la projection de Mercator (une projection cartographique de la Terre).

L’événement revêt un caractère exceptionnel pour plusieurs raisons. Tout d’abord, il réunit deux des plus puissants souverains de cette époque. Sur place, ces deux hommes, qui s’affrontaient à distance, parlent alors de paix, jouent et déployent les plus grands fastes pour impressionner l’un et l’autre. Par ailleurs, il est l’occasion d’un déploiement de richesses qui semble illimité. Henri VIII se fait construire un palais éphémère à l’extérieur du château de Guînes. Catherine d’Aragon et Thomas Wolsey y logent avec lui. La structure est composée de pierre, de bois, de toile et de verre. Les visiteurs sont frappés par la qualité des toiles d’or et de soie qui ornent ce palais. Cette prouesse technique et singulière suscita l’admiration. Au printemps déjà, des visites guidées sont organisées lors de sa construction. Elle fit paraître bien tristes les tentes de François Ier pourtant luxueuses. À Ardres, les tentes françaises forment « une ville merveilleuse de tapisseries flottantes ». Les couleurs, les matériaux, les ornements d’or et d’argent ou encore les statuaires qui couronnent les mats lui confèrent un aspect exceptionnel. Martin du Bellay évoque la ruine que représente pour les seigneurs présents la confection des tentes et des habits d’or :

« Nombre d’entre eux portaient sur le dos leurs moulins, leurs prés et leurs forêts.

Oh ! plus d’un

S’est brisé les reins, vêtu d’or au prix

De ses châteaux pour ce voyage grandiose. »

Même si les conditions météorologiques auront raison de ce paysage (des tentes dont celle du roi sont détruites après quelques jours), cette débauche de luxe enflamme les esprits contemporains et marquera durablement l’imaginaire des deux nations. Le terme de « camp » appartient au vocabulaire de la guerre et c’est bien une autre caractéristique de l’entrevue. A l’exception du dimanche, et du mercredi 13 où le temps fut mauvais, des joutes et autres combats ont lieu tous les jours dans le seul espace commun aux deux rois : un champ clos situé entre Ardres et Guînes dédié à mesurer la valeur des chevaliers des deux camps et à comparer leurs prouesses. Enfin, de nombreux autres divertissements animent aussi le camp tels que des banquets, des danses ou des mascarades, qui répondent au principe des invitations croisées : François se rend à Guînes et Henri à Ardres. Les femmes ici jouent leur rôle, dans le bon déroulement des banquets mais aussi du camp en général. On échange des cadeaux et des secrets : François Ierrévèle le secret de sa pièce d’armure qui permet d’alléger le poids de la cuirasse et des armes sur les épaules. Le camp témoigne que, malgré l’indiscutable antagonisme franco-anglais, il existe une profonde complicité entre les noblesses française et anglaise. François Ier et Henry VIII parlent un même langage mais leurs intérêts divergent. La complexité des relations franco-anglaise que l’on peut observer aujourd’hui existait déjà. Si l’événement s’adresse aux élites, il attire aussi les foules qui veulent admirer la richesse des lieux, assister au spectacle des festivités et tenter d’apercevoir les rois. L’accès à Guînes et Ardres est règlementé mais tout le monde peut assister au pas d’armes s’il est correctement habillé.  C’est ces contemporains qui, marqués par la magnificence de la rencontre, lui donneront le titre de « Camp du drap d’or ». 

L’issue

L’entrevue a marqué les esprits mais c’est bien le caractère superficiel de l’amitié entre les deux souverains qui animera la décennie suivante. Dès le 10 juillet 1520, Henri VIII est auprès de Charles Quint à Gravelines. Le 14 juillet 1520, le monarque anglais et l’empereur signent un traité promettant une assistance réciproque et s’engagent à refuser toute nouvelle alliance matrimoniale avec la couronne française. C’est le début d’une longue série de revirements de la part d’Henri VIII jusqu’en 1527 où un traité de paix « perpétuelle » est enfin signé. Elle durera 16 ans : Henri VIII déclare la guerre à François Ier en 1543. Le siège de Boulogne prend fin avec le traité d’Ardres en 1546. Dans le fumoir du château, une gravure dépeint cet événement. 

Il y a donc un vrai paradoxe entre le succès imaginaire du camp du drap d’or et son réel et puisant échec sur un plan diplomatique. Il n’y aura plus d’entrevues entre monarques français et anglais jusqu’à la rencontre entre Victoria et Louis-Philippe en 1843.